Portrait Saskia

Portrait : Saskia de Rothschild

Héritière au service du vert

Héritière au service du vert 

 

On ne croise pas tous les jours l’héritière d’une des plus grandes fortunes du monde. La conférence a déjà commencé depuis plusieurs minutes, juste assez de temps pour comprendre qui est cette personne. Saskia De Rothschild, au milieu des deux hommes, répond aux questions sur son affaire familiale. Elle évoque la façon de produire du vin bio, passionnée de la nature, fière. A la tête du château Lafitte Rothschild depuis 2016, la direction de l’entreprise est à son image, jeune et en adéquation avec les valeurs de développements durables. « Je suis obsédée par la protection de la planète », confie-t-elle.  Loin du stéréotype du millionnaire excentrique, elle est habillée simplement, la tête sur les épaules, un brin éco-anxieuse. Maman de plusieurs enfants, l’écologie est une de ses priorités. Son domaine viticole doit être un exemple. Optimiste, elle croit en la bonne volonté des gens à vouloir créer un monde meilleur pour les générations futures.

Outre l’écologie, c’est en tant que femme qu’elle s’affirme. Reporter pour le NYTimes à Abidjan, elle s’est prouvée à elle-même qu’elle pouvait se faire seule, être indépendante. Seulement, dans le monde du vin c’est une autre affaire : « les femmes ont besoin d’être experte pour parler d’un sujet » rappelle-t-elle. 

 

Son nom, elle essaie de s’en détacher. Saskia a pris le nom de jeune fille de sa mère lorsqu’elle a fait ses études à HEC puis à l’université de Columbia aux Etats-Unis. Pour le coup, utile d’être de bonne famille, ses études ont coûté pas loin de 200 000€. A travers le métier de journaliste, elle avait réussi à s’extraire des obligations familiales et à vivre de façon indépendante. Mais quand on s’appelle Rothschild, il est certain que notre patronyme finit toujours par nous rattraper. Reprendre le domaine viticole centenaire apporte son lot de regrets. Cependant elle nuance son propos, gérer un tel patrimoine est passionnant. De nouveaux défis s’ouvrent à elle et elle est bien entourée. Elle a vécu sa jeunesse au château. Elle a envie de montrer la voie en proposant une alternative à la production de vin classique. Le but est de ne plus dépendre d’engrais chimiques et de pesticides pour les vignes. Bien évidemment elle reconnaît que sans l’argent que lui confère son pédigré, mener ce genre de projet est compliqué. Pour être à la hauteur, elle a dû revenir sur les bancs de l’école, une formation est nécessaire pour savoir cultiver le raisin. 

 

La chose qui saute aux yeux lorsqu’on la rencontre c’est son ambition. Saskia pourrait se reposer sur la fortune familiale mais elle veut plus. Exigeante et grande insatisfaite, la pression familiale ne l’atteint pas. Elle la subit par elle-même. C’est facile : « Si vous avez un travail qui vous passionne, vous ne travaillerez plus jamais de votre vie ». Cet adage peut être un piège, le souci est de distinguer les deux. L’autocritique est de mise pour gérer son entreprise. Elle finit par un grand sourire : de nombreux projets sont prévus. Dernièrement, elle s’exporte à Chably. Un château de plus pour les Rothschild. De nombreux projets sortent de terre comme cette solution pour trier les déchets organiques. Ses envies la font voyager jusqu’en Amérique du Sud. Le Chili est un Eldorado pour le vin. Une autre terre à conquérir aussi. Elle souhaite vendre le vin là-bas dans le cadre de sa marque « territoire de choix ». L’objectif est de produire local pour vendre local.  

 

La discussion se termine dans la bonne humeur. Saskia de Rothschild trouve des intérêts économiques dans ce combat écologique. Les millionnaires au service du vert sont suffisamment rares, il faut souligner lorsqu’ils font un effort.

Saskia de Rothschild au World Impact Summit 2024, Gaspard Gagnou